Le territoire de Ste Anastasie a, depuis que l’homme moderne existe, attiré l’Homme.

Sur ce territoire et ses alentours, l’homme de Néandertal et l’homme de Cro-Magnon ont trouvé tout ce dont ils avaient besoin pour vivre et, dans une certaine mesure, pour prospérer.

Les abris sous roches, grottes et cavernes ont été les témoins de l’occupation humaine préhistorique. En bien des domaines, Ste Anastasie est citée pour avoir les traces les plus anciennes soit pour l’aurignacien initial (en Languedoc), soit pour homo sapiens sapiens (en France 2006) en l’état des connaissances actuelles.

D’éminents spécialistes se sont succédés sur plusieurs siècles (18, 19, 20 et 21ème) sur le territoire communal et en particulier dans les gorges du Gardon qui comptent plus de 300 cavités sur la partie amont.

On peut citer par exemple : M. De Serres (1760/1862), P. Tournal (1805/1872), E. Lartet (1801/1871), E. Dumas (1804/1870), P. Cazalis de Fontdouce (1835/1931), L. Chiron (1845/1916), P. Raymond (1859/1944), U. Dumas (1873/1909), F. Mazauric (1868/1919), M. Louis (1892/1966), C. Hugues(1905/1986), E. Gimon (1866/1926), l’abbé Bayol (1870/1952), S. Garimond (1914/1987), Dr Drouot (1907/1994) puis suivent Bruguière, Carrière, Bauquier, Gagnières, Sallustien, Escalon de Fonton, E. Bonifay, H. de Lumley, F. Bazile etc… et dernièrement Marc Azéma.

L’arrivée de l’homme en Europe et en France marque le début du paléolithique inférieur  (1,5 millions d’années à 150 000 ans): Homo erectus et les pré néandertaliens fabriquent le biface, outil  élaboré. À ce jour, les premières traces pour le Gard remonteraient à 500 000 ans environ.

Puis succède à cette période, le paléolithique moyen (150 000ans à 35 000 ans av J.C.).

C’est dans cette phase que l’on commence à parler de Ste Anastasie. L’industrie qui est développée à cette époque porte le nom de Moustérien. Un des plus importants sites dans le Gard est la grotte de l’ esquicho-grapaou non loin de Russan (40000 à 45000 ans).

Le climat est rigoureux. Les néandertaliens chassent le renne, l’aurochs et le cheval. Le ravitaillement en silex se fait à qqs kilomètres au nord de la commune. La présence de l’homme est attestée à la grotte Nicolas, Campefiel ainsi qu’à Dions.

Dans la partie aval des gorges, une faune abondante y a laissé des traces : rhinocéros, mammouth, antilope saïga, lynx, ours et lion des cavernes.

(Musée archéologique de Nîmes)

La résistance  du néandertalien au froid du maximum glaciaire et sa connaissances des richesses naturelles de son territoire ont permis d’occuper cette zone jusqu’aux environs de 31000 ans, date à laquelle Cro-Magnon occupent déjà le Languedoc. (Musée Archéologique de Nîmes)

Le paléolithique supérieur ( 35000 à 10000 ans) est bien connu dans le Gard ainsi que sur notre commune. C’est l’entrée en scène d’homo sapiens sapiens. Cette migration est mal connue (50000 ans). D’après les spécialistes, c’est à Ste Anastasie que l’on retrouve les traces les plus anciennes d’homo sapiens sapiens en France soit env. 34500 ans.

Le froid est intense et atteindra son paroxysme vers 20000 ans. Ce climat est confirmé par la présence du renne et du bouquetin ainsi que la forte présence du pin sylvestre et du bouleau.

Du point de vue industrie du silex, les techniques de débitage de cette pierre ont considérablement  évolué. Les outils ainsi créés seront extrêmement efficaces et tranchants et vont permettre de fabriquer toute une gamme d’outils différents. Une autre industrie voit le jour : c’est l’utilisation systématique de la matière osseuse (pointes de sagaies, propulseurs et aiguilles à chas).

C’est aussi l’utilisation des coquillages et les dents d’animaux comme objets de parure.  Et pour finir cette période c’est l’apparition de l’art. À ce jour, la grotte Chauvet semble donner le signal de départ pour l’art pariétal. Mais une datation très récente permet à une grotte située sur notre commune d’être au moins contemporaine de Chauvet  puisque les résultats de datation donne : 37464 ans. Ce qui en fait  un des plus anciens témoignages si ce n’est le plus ancien laissé par l’homme à ce jour.

“……L’actuelle garrigue est alors très peu peuplée. Les moyens d’éclairage précaires et le désir de profiter de la lumière du jour ont incité les tribus de chasseurs de rennes à préférer les grottes et abris sous roche de l’entrée et de la sortie des gorges : Grottes Nicolas, d’Enquissé;  simple  écran d’un rocher comme à la station des Charlots, ou les grottes à double entrée comme l’Esquicho-Grapaou.

Des résurgences, comme celles d’En Tourière,  de Firolles ou des Frégères assurent l’approvisionnement en eau. Certaines grottes, comme celle du Colombier ou la bien nommée grotte de la Citerne,  sont aussi utilisées en période de sécheresse.

Le Moustérien est un prédateur et un ramasseur. Il collecte sa nourriture, cueille des fruits, déterre des racines. Il chasse le petit gibier et achève à l’occasion une bête de belle taille blessée ou malade.

Le paléolithique moyen a duré environ 50000 ans. Il est caractérisé par la production systématique d’éclats en vue de la confection d’outils. La concentration des outils et des déchets de taille trouvés sur le territoire de la commune sur des espaces délimités, sont les indices de séjours prolongés.

À côté de l’outillage en pierre, la présence d’instruments en bois et en os témoignent d’une grande habileté. Les chasseurs, munis de racloirs tranchants, désarticulent les bêtes abattues pour les décharner avec soin.

Au menu, bouquetin montagnard, renne, et lagopède cuits à l’étouffée. Le foyer “individuel” est constitué par un amoncellement d’une douzaine de gros galets. Une claie, fixée par des pieux, préserve des vents froids extérieurs.” (Extraits Ste Anastasie – Fragments d’histoire locale – P. Hurlin)

Un petit tour dans la baume Latrone

 Reproduction visible au musée archéologique et d’histoire naturelle de Nîmes

Tout d’abord un petit d’étymologie concernant Latrone : deux sources sont possibles et sont toutes les deux valables. Pour certains Latrone vient du grec lathraios qui veut dire ladre, lépreux. En effet les nombreuse cavités ont servi de refuge pour  les lépreux et les pestiférés pendant plusieurs siècles. Pour d’autres cela viendrait du latin latronis qui signifie soldat mercenaire et par extension brigand ou voleur. Ces grottes ont servi aussi d’abris et de retraites pour un certains nombres d’individus peu recommandables à l’époque. C’est certainement l’utilisation de ces cavités par les uns et les autres qui a empêché les géographes des époques successives de venir relever correctement la topographie des lieux et les courbes du Gardon.

La partie qui abrite les peintures rupestres a été découverte à Pâques 1940. Ce sont deux nîmois et un habitant de notre commune qui sont à l’origine de cette découverte. Lors de leur pérégrination, ils découvrent un boyau qui s’enfonce profondément dans la cavité. Nos deux nîmois ne pouvant pénétrer par ce boyau, mettent à profit le petit gabarit de notre concitoyen Aimé Reboul alors âgé de 11 ans et qui est surnommé à cause de sa morphologie “le moustique”. C’est donc lui qui va faire les premiers pas dans cette partie de la baume. Il va découvrir des ossements d’ours et autres animaux, et bien sûr les peintures rupestres. Nos trois compères décident de garder secret cette découverte. Mais l’un des nîmois va le révéler et cela va déclencher, on s’en doute, une fièvre parmi les amateurs et spécialistes de l’époque. Parmi eux, certains revendiquent la découverte des ces peintures. C’est là une polémique qui a duré jusqu’à nos jours. Mais renseignements pris auprès d’organismes officiels qui ont mené une enquête récente à cet effet (début 2006), c’est bien notre “moustique” qui est considéré comme “l’inventeur” de ces peintures. Je n’ai pu à l’époque relaté cette information dans mon livre sur l’Histoire de Ste Anastasie, mais c’est maintenant chose faite.

Les peintures de la Baume Latrone sont reproduites au musée archéologiques de Nîmes. (Décrites en 1941 par le comte H. Bégouen, calquées en 1951 par Drouot et Hugues, elles furent reproduites en 1952 par G Poncelet).

Elle est déclarée monument historique en 1941.

La grotte a été fermée par mesure de préservation. Elle avait fait l’objet de dégradations de toutes sortes : graffitis, champignons, déchets divers “oubliés” par des visiteurs peu scrupuleux et surtout l’augmentation de la température des lieux due à la présence humaine, au rejet de gaz carbonique, et les courants d’air.

Une remise en état des lieux a été l’occasion de remplir un camion benne (piles, bougies, papiers gras, etc..) le 5 mai 1971. Cette opération a été relaté dans le journal “Le Monde” le 27 mai 1971 page 17. Malgré la présence de portes blindées (1976) des gens peu scrupuleux vont y faire leurs emplettes en saccageant peintures et strates.

On a cru la grotte et ses peintures perdues (1980). Mais deux sauvetages spectaculaires ont été effectués (1982 et 1984). Grâce à des procédés modernes de conservation, les peintures ont pu être sauvées. Boulettes d’argile lancées au plafond, traces argileuses “modernes”, traces de fumées ont pu en partie être éliminées. Mais il reste les coups et l’altération naturelle de la roche.

Les représentations de cette grotte sont visibles au musée d’Histoire Naturelle de Nîmes qui vient d’être rénover. À voir absolument  !

Les peintures

 

L’originalité de ces peintures et le style unique (peintes avec trois et quatre doigts seulement) ont profondément fait cogiter bon nombre de spécialistes. D’ailleurs dans ces domaines, elles font toujours parler d’elles. La datation semblait être aux alentours de – 20000 ans, c’est à dire à l’époque du paléolithique supérieur (- 35000 à – 10000 ans) et plus particulièrement à la civilisation magdalénienne (- 17000), proto-solutréennes pour certaines (- 21500) en passant par l’aurignacien (-34500 ans). Mais nous l’avons vu plus haut, une récente datation (2012) nous oriente pour une datation de -37464 ans.

Latrone constitue un sanctuaire très profond, les peintures préhistoriques sont toutes dans la partie inaccessible de la grotte.

Dès l’entrée de la salle des peintures (salle Béougen, nom de celui a étudié ces peintures), on observe des milliers de méandres et de raclages sur la presque totalité de la cavité. Ces méandres dont on ne connaît pas la symbolique, ont été réalisés par impression des doigts dans la tranche superficielle de la roche amollie sur 1 ou 2 centimètres.

À droite de ces méandres se trouvent des empreintes ocre rouge de mains positives. Au fond et à gauche de la salle se trouve le panneau central qui fait l’originalité de la Baume Latrone.

Ce grand panneau de plusieurs mètres peint avec les doigts enduits d’argile représente neuf animaux extrêmement stylisés, ce qui rend leur interprétation paléontologique discutable : sept mammouths, un équidé et un grand félin. La composition la plus importante est constituée par le tracé de la dorsale du félin d’une longueur de 3 mètres, longtemps confondue avec un serpent.

En bas du panneau légèrement sur la droite, on remarque la figuration très schématique d’un petit cheval au museau accolé à un signe ovale. Cette disposition a longtemps fait croire à la représentation d’un rhinocéros.

Les mammouths sont tous différemment représentés, allant du schématique au figuratif.

Ces figures uniques ne peuvent être comparées à aucun site connu et posent un problème de datation. Leur aspect archaïque contraste avec leur situation, les sanctuaires profonds étant en général plus récents.

Cependant, deux figurations peintes de cervidés à la ramure vue en perspective tordue et à la patte terminée en fuseau, semblent bien s’intégrer au style régional ancien des abris proto-solutréen de l’Ardèche. Le problème est de savoir si les autres figurations leur sont contemporaines ou antérieures.

Le néolithique

Ces pièces sont pour la plupart visibles au musée archéologique et d’histoire naturelle de Nïmes

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